Cela fait plusieurs mois que j’essaie d’écrire ce texte. Sans y parvenir, n’étant jamais satisfait du résultat. Je veux y peser chaque mot, je veux éviter toute mauvaise interprétation. Autant il était assez simple d’exprimer mon engagement lors d’élections, autant j’ai du mal à expliquer mon départ. En effet, je ne serai pas candidat aux élections communale d’octobre. C’est un choix mûrement réfléchi que j’ai fait il y a plusieurs mois maintenant. Un choix qui ne me satisfait sans doute pas pleinement. Mais un choix que j’assume et dont je pense qu’il est celui que je devais faire, à ce moment précis. Je sais que ce choix a déçu des personnes qui me sont chères. Je sais aussi que certains y verront une « fuite » plutôt qu’une prise de « courage » d’un combat à poursuivre. Je voudrais donc vous expliquer. A ma façon, avec mes mots, comme j’ai l’habitude de le faire. Et d’emblée, je veux dire que ce n’est en rien lié au parti dont j’ai fait le choix en 2004 et qui continue à être mon choix.

Ixelles : une commune formidable, une population pas assez associée

Devenu conseiller communal (par suppléance) au lendemain des élections d’octobre 2012 à Ixelles, j’ai d’abord mis du temps pour entrer dans mon mandat, pour tout comprendre, pour appréhender le budget (avec une pensée pour le directeur des finances, trop tôt disparu) et les différentes matières que j’ai pu suivre ensuite (comme la jeunesse, l’action et la cohésion sociale, la sécurité, la solidarité, l’égalité des chances, les affaires néerlandophones, l’emploi, la solidarité, Emergence XL, etc.). J’ai pu compter sur l’aide de personnes expérimentées au sein de mon groupe mais aussi de membres de la majorité et bien sûr, du personnel de la commune.

Je voudrais d’ailleurs commencer par les remercier. L’administration communale d’Ixelles est dotée de personnes formidables au service des habitant·e·s et des élu·e·s. Leurs compétences, leur patience, leur sens du service public et leur disponibilité m’ont marqué. J’aimerais beaucoup que ces personnes soient mieux respectées, par chacune et chacun.

Beaucoup de projets et de points ont été discutés au sein du Conseil communal en six ans. Mais un constat s’impose : tout ceci a lieu entre « nous », la population est informée voire consultée (quand la législation l’impose) mais elle ne participe jamais à la co-création d’un projet (exception faite des contrats de quartier, pensés par la Région). La population ixelloise est riche de compétences et de diversités, inexploitées par le pouvoir communal. C’est une énorme déception pour moi.

En faisant ce constat, je fais celui d’une démocratie locale inadaptée à son époque. Non, le fait que les citoyen·ne·s votent et fassent un choix tous les six ans ne suffit pas. En campagne électorale, chaque candidat·e explique que le niveau local est le plus proche des citoyen·ne·s. Et c’est vrai. En 2018, la démocratie locale ne peut se permettre de continuer à être une pâle copie des niveaux fédéral et régional. Les habitant·e·s doivent avoir une place bien plus importante et doivent pouvoir, dans bien des cas, participer à la réflexion et aussi à la décision. Je n’ai pas de solution miracle, mais d’autres – bien plus doués que moi – ont imaginé des systèmes de démocratie et de participation citoyenne qui pourraient répondre à ces besoins.

Pendant mon mandat, j’ai essayé d’être le plus présent possible aux différentes réunions auxquelles j’étais invité, qu’il s’agit du Conseil communal, de ses commissions, des asbl où j’ai été désigné ou encore au Conseil de police. J’ai fait du mieux que je pouvais pour relayer les messages des habitant·e·s qui m’ont contacté, pour analyser les dossiers. J’ai privilégié le dialogue à la confrontation directe avec le Collège, quand c’était possible. J’ai été un élu critique mais je pense avoir toujours été constructif. Je pense avoir communiqué sans démagogie ni populisme.

Je voudrais souligner mon attachement à des projets que j’estime importants et positifs pour Ixelles. Je citerai Emergence XL, formidable outil de réinsertion à la formation et à l’emploi de jeunes en décrochage et formidable outil de cohésion sociale via le sport également, ou encore la rénovation du Stade communal, où de nombreux clubs permettent aux jeunes et moins jeunes de s’adonner à des sports très variés. Je citerai encore le projet de semi-piétonisation de la chaussée d’Ixelles. Si tout ne me satisfait pas dans ce projet, c’est un pas dans la bonne direction. Sans oublier, bien entendu le Festival Expressions urbaines ainsi que les jumelages, la rénovation du Musée d’Ixelles ou encore le projet qu’une nouvelle école néerlandophone puisse voir le jour à Ixelles.

Enfin je voudrais souligner qu’à quelques rares exceptions, j’ai eu l’occasion d’entretenir de très bons contacts avec les élu·e·s de tous les partis qu’ils me soient « proches » (comme le PS) ou éloignés (comme le MR, le cdH et DéFi). La politique, c’est parfois très violent. Pouvoir nouer des relations humaines respectueuses, parfois même amicales, est un plus indéniable. Je tiens aussi à remercier ces collègues du Conseil et la plupart des membres du Collège.

Zone de police Bruxelles-capitale-Ixelles : la plus grosse déception

C’est l’envie de siéger au Conseil de police qui a forgé ma volonté de devenir conseiller communal. Cinq ans plus tard, ces mots d’un ancien bourgmestre de la Ville de Bruxelles résonnent encore en moi : « j’entends votre question mais je n’ai pas envie d’y répondre et donc on passe à autre chose ». Je débarquais dans cette enceinte, je n’étais pas armé pour répliquer. J’étais sans voix… Le Conseil de police ne sert pas à grand-chose, si ce n’est à traiter de l’organisation humaine et matérielle de la zone. On n’y faisait pas de politique, on commence parfois à accepter à en faire un peu. Je suis intervenu à plusieurs reprises sur des thèmes tels que la lutte contre les discriminations, les violences policières ou les moyens de la zone et l’engagement de Bruxellois·es et j’ai également proposé (avec Marie Nagy) de modifier le règlement d’ordre intérieur afin d’y introduire le droit d’interpellation citoyenne. Cela a été refusé. La réflexion sur le fonctionnement et la démocratisation des Conseils de police doit, selon moi, être poursuivie par les prochains mandataires et par les parlementaires.

Des pratiques qui me révoltent…

Plusieurs « affaires » ont secoué Bruxelles et mouillé le monde politique ces dernières années. Ces pratiques ne me choquent pas, elles me révoltent. Comment, par exemple, certain·e·s ont pu s’en mettre plein les poches sur le dos de la misère d’autres ? Je ne le comprends pas, je ne l’accepterai jamais. Soyons clairs, ces affaires qu’elles aient lieu à Bruxelles, en Flandre ou en Wallonie touchent la majorité des partis qui ont usé du pouvoir pendant de très nombreuses années. Loin de moi l’intention de viser un parti en particulier. Ces pratiques m’ont en tout cas découragé. Je les trouve totalement irrespectueuses des mandataires qui exercent leur mission avec le sérieux et l’éthique que cela requiert. Je pars donc, aussi, découragé et dépité… tant j’ai du mal à croire que ces pratiques vont vraiment disparaître.

Des frustrations parfois trop présentes

Quand on est élu dans un parti comme le mien, nous avons à coeur de respecter les décisions prises collectivement. Certaines de celles-ci n’ont pas toujours reflété la position que j’aurais pu avoir sans cette « discipline de parti », que je comprends néanmoins. Un vote en particulier me fait encore mal aujourd’hui. Je n’ai pas non plus toujours été en phase avec le ton de notre communication ou des interventions de collègues (qui sur le fond étaient pourtant très bonnes). Il reste parfois (pas tout le temps), chez Ecolo, un côté « donneur de leçon » qui dérange.

Ecolo, le choix que je devais faire et que je continue à faire

Je suis devenu membre d’Ecolo en 2004 (de mémoire). En 2006, j’ai été chargé de coordonner le programme des communales à Ixelles, Ecolo sortait alors dans la majorité. J’ai ensuite rejoint le secrétariat local, chargé des relations avec la régionale. En 2009, j’ai été désigné (comme bénévole) dans l’équipe du Secrétariat régional d’Ecolo Bruxelles (et de la périphérie) aux côtés de Sarah Turine et Sandrine Couturier. J’ai quitté ce mandat quand je suis devenu conseiller communal. Je suis très attaché au principe de non cumul des mandats et de la limitation de ceux-ci dans le temps. Ecolo est donc un parti qui m’a permis d’évoluer en interne, d’y avoir des responsabilités, d’être formé à l’action politique et d’occuper une place sur une liste en 2012 me permettant de devenir mandataire communal.

J’ai pu voir comment fonctionnent les autres groupes et partis. Ecolo est un parti qui permet le dialogue, la concertation et la prise de décisions collectives. C’est aussi le parti qui permet (parfois voire souvent) une rotation des mandats et d’accueillir de nouvelles têtes en places éligibles.

Par ailleurs, au niveau programmatique, c’est bien entendu aussi le parti qui me correspond le mieux. Et je continue à faire confiance et à soutenir la co-présidence du parti, Zakia Khattabi et Patrick Dupriez.

Un besoin de prendre du recul

Certaines déceptions, frustrations et colères évoquées ci-dessus, cumulées à une activité professionnelle intense et prenante ces dernières années et surtout au décès de mon père en 2016 font que j’ai besoin de prendre du recul. J’ai besoin, à 40 ans (ni jeune ni vieux), de prendre le temps de vivre un peu plus les choses. M’engager en politique m’a demandé beaucoup de temps et d’énergie, bien avant même d’être élu. Cela m’a fait perdre la connexion avec beaucoup d’ami·e·s même si j’en ai eu de nouvelles et nouveaux par la suite. Là, c’est surtout à moi que j’en veux. Je veux aussi prendre le temps nécessaire pour mes proches, à savoir ma maman et mes ami·e·s. Le mandat communal souffre d’un réel manque de reconnaissance de la part des autres niveaux de pouvoir, des partis et des médias. Les mandataires communaux (hors Collège) exercent cette activité complémentairement à leur vie professionnelle, c’est pour beaucoup d’entre eux un profond et intense engagement.

Je reste un militant actif

Je serai peut-être moins actif sur le plan partisan. Toutefois, je compte renforcer mes divers engagements associatifs. Il me tient à coeur de continuer certains combats pour l’égalité de toutes et tous, pour qu’une place soit donnée à chacune et chacun dans cette société, pour construire des ponts plutôt que des murs. Et ces combats, bien entendu très politiques, peuvent être menés à côté du champ politique partisan.

Je voudrais remercier toutes celles et tous ceux qui, de près ou de loin, m’ont fait confiance et m’ont soutenu au fil des années. Vous avez aussi fait celui que suis. Vous m’avez toutes et tous apporté beaucoup et je vous en suis très reconnaissant. Je ne citerai personne pour n’oublier personne mais je ne doute que vous vous reconnaîtrez.

 

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