A l’heure où la Belgique célèbre les 50 ans de l’immigration marocaine et turque, je réalise que ce n’était pas si longtemps avant ma naissance. Juste 14 ans. C’est peu 14 ans dans une vie. L’occasion de vous livrer mon histoire ou plutôt mon ressenti de 36 ans d’immigration marocaine et turque.

J’ai eu la chance et le plaisir de grandir dans un quartier à forte diversité culturelle et ethnique, dans une cité sociale, à Farciennes, dans la Basse-Sambre, non loin de Charleroi. Mon grand-père maternel était lui-même issu de l’immigration italienne. Il avait travaillé dans la mine (de charbon), comme nombre des premiers immigrés marocains et turcs. Il était enfant quand il avait commencé ce labeur…

Moi, enfant, j’ai eu plus de chance que lui. Je suis allé à l’école, j’avais des parents stricts au niveau de mes résultats scolaires. Mais j’avais aussi, surtout, la chance de jouer avec les copains dans la rue et les nombreuses pelouses qui composaient notre cité. Tout cela semble bien rose, mais les situations personnelles ne l’étaient pas toujours, bien entendu.

Je garde un souvenir ému et fort de ces moments. Mes copains de rue s’appelaient Giuliano, Olivier, Nordine, Hafid, Yousouf, Erka, Ibrahim, Otman, Hassan… Mes copines de rue – oui je m’incrustais dans les conversations des files du quartier – s’appelaient Leila, Meryem, Khadija, Fatima… Que de souvenirs ! Que de moments de joie !

Cette enfance et cette adolescence m’ont ouvert à la diversité et m’ont vacciné contre la xénophobie, le racisme et aussi l’islamophobie, j’en suis convaincu.

J’ai découvert les cultures et les traditions de mes camarades de jeu(x). Quelle richesse ! Et quelle générosité. Pas une fête célébrée par ces familles sans qu’elles nous offrent tantôt le couvert, tantôt une pâtisserie… Les magasins du quartier, ou le marché du samedi matin à Châtelineau, nous permettaient de découvrir d’autres produits : pains marocains ou trucs, mélanges d’olives, etc.

En secondaire, dans mon athénée, on retrouvait cette même richesse de mélange des cultures. Il y avait aussi quelques jeunes filles portant le foulard. Et, à l’époque, personne ne faisait de remarque. En fait, mes camarades de classe et moi on s’en foutait. On respectait, tout simplement. Comme je continue à le faire. C’était déjà la deuxième génération… Avec un mélange entre celles et ceux qui étaient néEs « au pays » et les autres, néEs « ici ».

Aujourd’hui, voilà plus dix ans que je vis à Ixelles, en région bruxelloise. Et j’essaie de continuer à m’entourer – de près ou de loin – de personnes d’origines, de cultures, différentes. Aujourd’hui, ces personnes s’appellent Zakia, Mohssin, Ahmed, Mustapha, Farah, Rajae, Hajib, Said, Zoubida, Miriam, Myriam, Abdullah, Hajib, Sfia, Fatima, Youness, Zakaria, Nawal, Farah, Emre (récente découverte), Hafida, Abdel, Fadila, Mohamed et touTEs les autres.

Et comme mes camarades dans mon enfance, vous êtes nécessaire à mon quotidien, réel et virtuel (on est en 2014 n’est-ce pas). Vous êtes la deuxième et la troisième génération. Vous êtes, comme moi, des citoyenNEs du monde et de ce pays qu’est la Belgique. CertainEs d’entre vous sont de véritables modèles dans divers domaines pour moi, elles/ils le savent (j’espère).

Alors, en cette période de célébration des 50 ans de l’immigration marocaine et turque en Belgique, je ne peux qu’espérer que l’on se souviendra longtemps de ces femmes et de ces hommes, de la première génération arrivéEs ici pour accomplir des boulots le plus souvent pénibles. Je formule aussi le vœu que l’on cesse de considérer les générations établies ici depuis longtemps et, pire encore, les générations nées ici, comme des personnes étrangères, voire de seconde zone. L’espoir aussi que le racisme prenne fin, que les gens comprennent la richesse – je ne vise pas ici la richesse économique – que vous apportez. Que les gens comprennent qu’il n’y a aucune raison d’avoir peur de l’autre, des différences. Et qu’ils constatent qu’apprendre à connaître et découvrir l’autre est simplement quelque chose de formidable.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s