Je pensais ne rien écrire sur l’annonce de la possible libération conditionnelle de Michelle Martin. Mais là c’en est trop. Je n’aime pas la violence, d’où qu’elle vienne. Et voir des appels à « mettre le feu au couvent », à « violer les bonnes soeurs », à « tirer une balle dans la tête de ce monstre » ne me réjouit pas. Et soyons clairs, ma position s’inscrit dans le respect de l’Etat de droit et des valeurs de justice qui me sont chères. Elle ne signifie pas que les faits commis à l’époque ne sont pas graves, ils sont ignobles, c’est certain.

Il me semble toutefois important de repréciser certaines choses. Je partagerai ensuite avec vous quelques lectures intéressantes.

Michelle Martin a été reconnue coupable par un jury d’assises d’association de malfaiteurs impliquée dans les enlèvements et séquestrations d’enfants, avec la circonstance aggravante d’avoir entraîné la mort de deux d’entre elles et du viol d’une autre personne. Elle a été reconnue coupable de ces faits par un jury populaire, des citoyen.ne.s comme vous et moi. Ce même jury populaire l’a condamnée à 30 ans de réclusion (prison). Point final. Pas de demande de mise à disposition du gouvernement et donc libérable au tiers de sa peine tel que le prévoit le droit. Trente années de réclusion, c’est la peine maximale qui vient juste après la perpétuité. Ce à quoi a été condamné Marc Dutroux.

En terme de droit, la demande de libération conditionnelle de Michelle Martin n’a rien d’anormal. Elle aurait pu le faire plus tôt, elle a désormais passé la moitité de sa peine en prison.

Une libération conditionnelle, ce n’est pas la liberté dont vous et moi pouvons jouir. Ca veut dire être soumis à des restrictions, à des obligations, etc. Le dernier projet de libération conditionnelle de l’intéressée présenté au tribunal d’application des peines (TAP) a obtenu son aval.

Sur la forme, on peut regretter, par exemple, que les parties civiles aient été informées après la presse, qu’elles n’aient pas eu accès au dossier. On peut peut-être aussi regretter la non-possibilité d’appel. Mais encore une fois, la loi a été respectée. Depuis, des pourvois en cassation ont été introduits tant de la part de victimes que du procureur.

Sur le fond, c’est le TAP, organe indépendant qui décide et nous n’avons pas à commenter des décisions de justice. C’est pourtant ce qu’ont fait tous les partis politiques, tous, qu’ils soient représentés au parlement ou non. Période électorale oblige ? Sur ce coup-là, se taire aurait été plus utile que la cohue à laquelle on a assisté hier. Mais non, tout le monde a voulu réagir vite, sans trop réfléchir. En ne réfléchissant pas assez, c’est certain.

Une partie de la population a également réagi, de façon très violente. Cette violence de la société est inquiétante. La violence n’est pas une solution. Ce n’est pas la violence qui changera les lois que certains veulent modifier. Au risque de perdre certaines valeurs de justice.

Non, mesdames, messieurs, la liberté conditionnelle ne rend pas Michelle Martin irresponsable de ses actes, elle reste condamnée. Elle n’est pas acquittée. Ne mélangeons pas tout.

Par ailleurs, demander qu’elle fasse trente ans, que les peines deviennent incompressibles, « c’est un faux débat » comme dit Florent, un ami. Non seulement une personne peut être condamnée à perpétuité et ne pas bénéficier de liberté conditionnelle. De même qu’une personne peut être mise à disposition du gouvernement qui décide ce qu’il advient d’une personne.

Pour terminer, je vous livre une partie de la réaction de Gino Russo, le père d’une des victimes, faite au journal Le Soir : « Vous me demandez de laisser parler mon cœur, mais je ne veux pas le faire, même si on va libérer quelqu’un qui est responsable de la mort de ma fille. On essaie de m’entraîner sur ce terrain, de m’y faire sombrer. Je m’y refuse. Mais je sais qu’on préfère les gens qui pleurent à ceux qui réfléchissent. Je veux rester rationnel. Et c’est pour cela que je veux lire l’arrêt argumenté du tribunal avant de donner un avis circonstancié ».

Quelques conseils de lecture :

Pourquoi il fallait un jour libérer Michelle Martin, d’Ettore Rizza, journaliste au Vif.

Als Michelle Martin vervroegd wordt vrijgelaten, is dat geen gunst, maar een recht, de Bart Eeckhout, dans De Morgen.

La libération conditionnelle de Michelle Martin et la prison, la prison… toujours la prison, de Luk Vervaet, dans le JIM.

Libération conditionnelle : pas un dû, de J.-C. M., dans La Libre.

De nombreuses personnes ne seront pas d’accord avec cet article, j’en suis conscient. Il reflète toutefois la réalité judiciaire. Loin de l’emballement médiatique et de la violence de la réaction de certain.e.s et dans le respect total des familles des victimes, les premières concernées par ce dossier me semble-t-il et qui, souvent, nous montrent l’exemple en terme de réaction digne.

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  1. Ben dit :

    Merci Geoff … merci parce que ce que je lis, entends, vois dans les news, me rendais un peu honteux d’être belge. Les réactions disproportionnées, déplaces, et irréfléchies de certains me font vraiment peur.

  2. Liliane Hendrichs dit :

    L’important c’est que chacun doit prendre conscience qu’il n’a de pouvoir que sur lui même….le reste est: éducation, apprentissages, modification des mauvais comportements (encore qu’il faut en prendre conscience ) tolérance, non jugement et surtout d’abord se concentrer sur soi, avant de parler d’autres personnes ….

  3. natouchatou dit :

    Très bel article… je regrette que tant de monde (pour cette affaire, mais pour tant d’autres aussi, malheureusement), transforment leur peur en haine. Il est tellement plus facile et rassurant de se dire que les personnes qui commettent de tels actes sont devenues « inhumaines » plutôt que de se rappeler qu’au fond de nous, nous avons tous une part de violence, qu’il nous faut apprivoiser et transformer en amour, mais qui pourrait nous rendre « monstrueux » selon les circonstances, les rencontres, les souffrances que nous pourrions avoir vécues… Je comprends la colère, ce qu’a fait Michèle Martin est d’une extrême violence, ses actes sont en effet honteux (et même plus), mais oui, la justice humaine a fait son travail, et la garder en prison n’y changerait plus rien. Merci donc pour votre humanité!

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