Dans le bus qui me reconduisait chez moi après une journée de travail, je n’ai pas eu le choix que d’entendre la conversation entre deux-trois adolescent-e-s. Pas eu le choix, car oui, écouter de la musique à fond dans un bus et parler en même temps implique que l’on doive parler bien fort.

Une jeune fille faisait part à un de ses amis de son souhait ou de sa joie d’arrêter l’école et de chercher du travail. « Ouais, ça ma saoule trop. Il n’y a que des lesbiennes et des pédés dans cette école. » Ca commençait très fort ! Plongé dans mon bouquin « Sida 2.0 » de Didier Lestrade, j’ai relevé la tête et prêté attention à ce qui se disait derrière moi…

La jeune fille a visiblement un gros problème avec l’homosexualité, et en tout cas avec les homosexuel-le-s. « Tu vois, les lesbiennes viennent en coiffure à l’école parce qu’elles savent que c’est là que toutes les jolies filles sont! » Et d’ajouter « Ca me dégoute les lesbiennes franchement. » Mais, nous n’en avions pas fini… « Et les pédés c’est pareil, même pire je crois parce qu’eux, ils crient comme des folles et il n’y a que ça dans mon école, des pédés ».

Heureusement, elle est descendue quelques arrêts avant le mien. Son interlocuteur était moins locace et s’est contenté de quelques « Oui je vois » et autres « Ca craint ».

Aujourd’hui, je n’ai pas eu le « courage » ou la « force » de réagir. Je reprends ici les propos d’une amie (Françoise) qui, je pense, a bien résumé la raison de cette non-réaction : « Parfois, on a la force, parfois on ne l’a pas. Mais c’est aussi très difficile de répondre « efficacement ». Comment dénoncer les propos inacceptables sans avoir l’air de « faire la morale », de façon à être entendu, un peu entendu? C’est quasi mission impossible de faire réfléchir des inconnus ados en groupe dans un bus… Et si tu les fais pas réfléchir, à quoi ça sert d’intervenir? (Je me demande, vraiment…) ». Merci Françoise.

La première pensée qui m’est venue a en fait été pour les adolescent-e-s qui vivent mal leur rapport à la sexualité, à leur sexualité, à leur orientation sexuelle. J’avais envie de leur dire que oui, c’était une des premières causes de suicide chez les adolescent-e-s.

Ces ados devaient avoir quelque chose comme 16-17 ans. Ils m’ont aussi remis en colère contre un système scolaire qui ne prend que trop peu (ou quasi pas) en compte l’éducation affective et sexuelle. Oui il est temps que, dans tous les réseaux et dans tous les niveaux d’enseignement (général, technique et professionnel), on enseigne aux élèves l’existence de différentes formes de sexualités, de différents genres, etc. Est-ce que ça va faire en sorte que disparaissent tou-te-s les homophobes ? Non, sans doute pas. Mais une bonne partie, j’en suis convaincu, si on s’y prend assez tôt. Cela permettra aussi aux ados qui ont un mal-être lié à leur orientation sexuelle, par exemple, de ne pas se sentir « anormaux ».

 

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Une réponse "

  1. […] parle aujourd’hui, en réaction à un article de blog qui m’a interpellée ce soir : “Les lesbiennes font coiffure… Les pédés aussi.” Oh, mais lisez-le, je vous prie, il est très bon. L’auteur de cet article, Geoffrey […]

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