Ce jeudi 22 décembre 2011, le front commun syndical des services publics appellent à une grève générale. Il semble qu’on puisse s’attendre à ce que le mouvement social soit bien suivi. Ainsi, tous les services publics seront touchés : transports publics, administrations communales, provinciales, régionales, communautaires, fédérales, etc. Le mouvement sera aussi suivi par les pilotes et les stewards.

En tant qu’agent d’un service public, je participe à la grève ce 22 décembre. A 33 ans, je participerai à un mouvement social visant la réforme des retraites.

Pourquoi je me sens concerné ?

Certaines personnes m’ont interpellé en me disant : « Mais enfin, tu es encore trop jeune pour te préoccuper de ta retraite ». Outre le fait que je ne me préoccupe pas uniquement de mon sort (lire la suite), cette réforme me concerne. Elle nous concerne tou-te-s. Elle ne sera sans doute pas la dernière d’ici à ce que j’atteigne l’âge de la retraite. Certes. C’est bien pour ça que je tiens à être vigilant dès maintenant.

Passer de 60 à 62 ans pour la pré-retraite, c’est pas si grave…

Là, je suis d’accord. Et pas d’accord. On vit plus longtemps qu’avant, et donc il est assez logique de travailler un peu plus longtemps (encore que…). Pour les gens comme moi qui exercent plutôt un travail de bureau, en gros c’est « oh zut, deux ans de plus » mais bon, c’est tenable. Par contre, pour les personnes qui exercent des métiers plus pénibles, là je ne suis pas d’accord. Le relèvement de l’âge de la pré-retraite doit se faire en tenant compte de la pénibilité des métiers.

Il était temps que les fonctionnaires soient mis sur le même pied que tout le monde…

Je pourrais être d’accord, si les agents des services publics étaient mis sur le même pied que tout le monde dans chaque circonstance. Oui, les fonctionnaires ont une « bonne pension ». Enfin, surtout celles et ceux qui ont une longue carrière dans l’administration et/ou celles et ceux qui ne sont pas dans les échelles les plus basses (je pense ici aux niveaux D et C). Pour la pension des fonctionnaires, on parle d’ailleurs d’un salaire différé. Un salaire non perçu pendant la carrière, un retour d’une cotisation. En faisant passer le calcul des pensions des fonctionnaires sur les dix dernières années de carrière plutôt que les cinq dernières, les montants des pensions seront donc nettement inférieurs. Prochaine étape, un calcul sur toute la carrière ???

Pourquoi je pense que les femmes seront les plus grandes perdantes ?

Ce sont majoritairement les femmes qui font usage des crédits-temps, des interruptions de carrière. [Voilà d’ailleurs quelque chose où il faudrait agir et inciter les hommes à aussi y recourir et partager les tâches. Ca bouge un peu mais pas assez.] La non prise en compte de ces périodes donnera moins de droits et des montants moins importants pour les pensions des femmes. Elles qui subissent déjà plus que les hommes le non-emploi et dont les salaires, toujours inégaux en Belgique, les plus bas. C’est bien beau (et nécessaire) de voter des résolutions en faveur des droits des femmes, mais s’est-on préoccupé de l’impact de ces réformes sur celles-ci. Visiblement pas. Ce point, à lui seul, mérite une action d’envergure, une grève générale.

Il suffit de négocier…

Dans la pratique, la concertation sociale et patronale est souvent entamée dans le cadre de telles réformes. Hors, dans le cas présent, cela n’a pas été le cas. En tout cas, aucun dialogue n’a eu lieu avant l’annonce, via une partie de l’opposition au Parlement fédéral, des propositions de votes de mesures à ce sujet, dans l’urgence. La méthode employée par le gouvernement et les parlementaires des six partis de la majorité est choquante. Elle rompt avec le modèle de dialogue social. Ce n’est pas la première fois que je m’inquiète pour la démocratie, c’est à nouveau le cas. Je voudrais pourtant croire que les parlementaires de la majorité ne sont pas de simples « presse-boutons ». Chers membres du gouvernement, ce ne sont pas des méthodes ! Le Ministre de la Fonction publique n’a pas dit autre chose dans cette interview. Et non, on ne discute pas d’une réforme avec les acteurs sociaux après qu’elle ait été votée mais avant. Je constate d’ailleurs que pour leurs pensions, les parlementaires prendront le temps de discuter, de débattre. C’est donc moins urgent ?

Il faut agir vite pour les marchés !

Penser que réduire les pensions va augmenter l’économie, c’est de la mauvaise foi. Un peu comme de ne pas tenir compte du fait qu’en ce moment, oui il y a de nombreuses personnes qui partent en retraite ou en pré-retraite, un mamy-papy-boom. Mais ça va se calmer d’ici 4-5 ans. Mais ça, on ne le dit pas. Agir vite pour les marchés ? Et si on réformait sereinement plutôt, en débattant avec les acteurs concernés ? Le Ministre des Pensions nous annoncent que ces mesures auront un effet en 2016. Et on doit croire que ça va suffire au marché « ah ben oui, si c’est ok en 2016… ». Une fois de plus, les dirigeants belges réforment un système à coups de ciseaux, sans se préoccuper que les mesures soient justes et respectent les principes de solidarité.

Faire grève, c’est bloquer le pays

Si je fais grève, c’est pour faire avancer le pays. Le faire avancer vers un espace de dialogue permanent entre les dirigeants et les acteurs sociaux. Entre les travailleurs et les patrons. La grève doit rester le dernier recours à l’action. Le dialogue doit toujours primer. Mais aujourd’hui, le gouvernement ne laisse aucun autre choix. Cette grève intervient vite car le gouvernement veut jouer la vitesse et faire adopter les textes en plénière d’ici la fin de l’année.

Faire grève, c’est prendre les citoyen-ne-s en otage

Cette expression me fait bondir. Je tiens à rassurer tous les services de police, je n’ai l’intention de prendre personne en otage. Vous pensez que ça amuse les travailleuses et les travailleurs de faire grève ? Personnellement, ça ne m’amuse pas. Pourtant, j’estime que c’est nécessaire. Et cette grève ayant été annoncée à l’avance, elle n’a rien d’une surprise. Alors oui, ça sera sans doute embêtant pour certain-e-s. Mais beaucoup aussi comprennent et prendront leurs dispositions.

Faire grève, c’est refuser de réformer

Pas du tout. La grève de demain se fait contre des mesures prises à la vitesse d’un TGV. L’argument du « c’est dans l’accord gouvernemental, il n’y a pas de surprise » me laisse pantois. Cet accord a été rendu public fin novembre-début décembre, ce n’est pas comme si on avait eu des mois pour en débattre. Une réforme est très certainement nécessaire. Mais une réforme juste, équilibrée, qui tienne compte de toutes et tous. Une réforme négociée, discutée, avec les syndicats, avec les organisations patronales. Une réforme qui se fait dans le cadre d’autres réformes, pas au détriment d’une partie de la population.

Enfin, je ne vous présenterai ici aucune excuse. J’assume ce jour de grève. Vous pouvez adresser vos plaintes au gouvernement fédéral et aux parlementaires de la majorité qui foncent têtes baissées.

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  1. Lydie dit :

    Entièrement d’accord avec vous. On nous a mis devant le fait accomplis, c comme ça et pas autrement. Pourquoi n’y a t il que les « petits » qui doivent réparer leurs bêtises? Surement pcq les nantis ont les moyens pour contourner la lois que nous n’avons pas.

  2. Hello Geoffrey, je t’ai promis de répondre. J’ai lu ton article en profondeur, mais j’aimerais savoir ta réaction face au fait que

    1/ Les métiers qui sont contraignants et pénibles (SNCB, Armée, …) ne sont pas concernés par ces changements, quid de leur implication dans la grève?

    2/ Quid des barrages routiers? Pourquoi? De quel droit? Et en quel nom? La grève passe, mais pourquoi venir faire chier ceux qui veulent venir travailler en auto si ce n’est vraiment chercher à se faire flinguer?

    3/ Quelle est ta position face aux actions de la SNCB (donc non concernée cfr point 1) qui a déclenché cette grève avant la date prévue? Ce à la fin de l’année, obligeant énormément de gens à prendre des congés sans soldes?

    4/ Concernant le calcul de salaire des fonctionnaires, une pension dans le privé est calculée sur toute la carrière. Pourquoi dès lors différencier les fonctionnaires? N’est-ce pas le rêve de la gauche qu’une égalité entre tous? Alors venir pleurer parce qu’on calcule sur 10 ans au lieu de 5 …

    Voilà. Alors non je ne soutiendrai pas cette grève, loin de là. Et je trouve que cette fois ci (encore), les syndicats se permettent énormément de choses, et oui je suis pour un statut juridique à part entière pour eux, car le pouvoir qu’ils ont dans ce pays est à mes yeux parfaitement anti démocratique.

    • Coucou Simon,

      Merci pour ton commentaire et tes questions. Nous ne sommes pas d’accord mais j’apprécie que tu le fasses.
      Pour répondre point par point à tes questions :

      1/ La SNCB est bel et bien concernée, la prépension à 55 ans ne pourra désormais se faire que sur base d’une carrière de 40 ans. En gros, les gens devront commencer à travailler à 15 ans pour rendre la chose possible.
      Par ailleurs, en matière de droits sociaux, je suis pour une large solidarité et je trouve ça toujours assez génial que des « gens pas concernés » (ce qui n’est en rien le cas ici) se montrent solidaires.

      2/ Sur les barrages routiers, ils posent question. Je me demande dans quelle mesure, aujourd’hui en tout cas, il ne s’agit pas d’actions isolées menées par certains groupes de syndicalistes proche de l’extrême gauche. Et les mener sans les annoncer assez longtemps à l’avance, ça ne va pas. Je n’irai en tout cas pas soutenir ces barrages.

      3/ Les actions menées par certains membres de la SNCB les deux jours précédents sont intolérables. Il aurait fallu que les syndicats se désolidarisent du mouvement et misent tout sur la journée, prévue elle, de ce jeudi. Ca, c’est ma position personnelle. Je trouve par ailleurs que ces actions ont mis de l’eau au moulin des anti-grève de ce jeudi ou des personnes qui se posaient des questions, qui hésitaient à soutenir le mouvement. C’est dommage.

      4/ Le calcul concernant les fonctionnaires est tel car le salaire n’est pas calqué (et encore moins les avantages tels chèques-repas, 13e moi, assurance groupe etc) sur le privé. Les barèmes – surtout pour les niveaux C, D et B – sont inférieurs au privé. De même que, pour ces niveaux, les possibilités d’avancer, de « prendre du galon », sont moins importantes et moins probables que dans le privé. Encore une fois, je ne dis pas que le système ne puisse pas être réformé. Mais pas de cette manière.

      Quant au statut juridique, dire qu’il n’existe pas est un petit mensonge. L’association de fait est un statut 🙂
      Je suis par contre d’avis – comme quelqu’un te le disait sur FB hier – qu’on revoit les méthodes de financement des syndicats. Le lien avec le pouvoir est trop proche. Mais là, je n’ai pas la solution miracle.

      • Semblerait qu’on ait pas du tout les mêmes échos pour la SNCB, mais alors pas du tout du tout 😛

        Mais content de ta position concernant les barrages et les actions non concertées de la SNCB, après que l’on soutienne ou pas l’action d’aujourd’hui, ça c’est autre chose (comme j’ai dit, je trouve tout à fait normal que tout le monde côtise au même âge, chaque travail ayant sa source de fatigue et d’usure et qu’il existe pléthore de moyens au cas où l’on ne peut vraiment plus)

        Concernant les pensions du service public, je reste convaincu que c’est un peu se foutre de la gueule du monde, le privé étant calculé sur l’ensemble de la carrière, calculer la pension sur les 10 dernières années reste un beau cadeau. Après je m’en fous de comment l’état gère son argent, si il était foutu de le gérer correctement et d’arrêter de proposer de nouvelles taxes. Faudra un jour qu’on m’explique vu le taux taxatoire, l’impôt des entreprises et la TVA, comment ça se fait qu’on arrive pas à faire tourner correctement ce pays.

        Sinon pour le statut juridique, je parle d’un statut juridique propre aux syndicats, pas une association de fait. Un vrai statut juridique, tenant compte de leur niveau actuel de pouvoir qui est à mes yeux beaucoup trop élevés. Et que j’aimerais beaucoup plus de clarté, d’indépendance politique, … Et de logique! (cfr la grève suite aux accords inter-professionnels pourtant validés par les syndicats).

        Et pour les barrages, ça ne fait que renforcer mon amour de la batte pour l’extrême gauche…

  3. Ced dit :

    Bonjour,

    Via Facebook j’ai pris connaissance de votre post.

    Quelque chose m’échappe dans le fait que vous ne trouvez pas normal d’allonger également la durée de travail de 2 ans pour les métiers plus pénibles. En 1909 la durée du travail dans les mines était de 9 heures par jour ce qui je l’accorde était lourd. En 1936 le travail dans les mines est passé à 40 heures par semaine. Je pense que les conditions de vie de l’époque ainsi que les conditions de travail étaient bien plus difficiles que de nos jours. Il me semble donc que dans la mesure où globalement la qualité de vie s’améliore au fil du temps il est également normal que chacun ajoute sa pierre à l’édifice.

    Je ne réfute pas le droit à la grève. Ce qui me pose un problème c’est le droit au travail. A mon sens chacun est libre de défendre ses idées tant que cela n’entrave pas la liberté des autres. Mais d’après les réponses que vous avez postées il semble qu’on se rejoint sur ce point.

    Je n’ai jamais été fonctionnaire mais j’ai déjà pu effectuer des missions pour l’état. Un élément qui m’interpelle et auquel vous pouvez peut-être me donner une réponse basée sur votre expérience: quelle est la motivation d’être employé par l’état ? Manifestement c’est la catastrophe, il faut faire des grèves à tout bout de champs. Pourquoi restez-vous dans ce système ?

    • Ce qui me motive personnellement à travailler pour l’Etat c’est en premier lieu de croire en l’utilité et en l’importante nécessité des services publics. Par ailleurs, il y a des fonctions très intéressantes à exercer. La motivation s’arrête là, en y ajoutant la sécurité de l’emploi (en tout cas pour les agents statutaires => je prône un seul système, arrêtons de différencier les fonctionnaires). Pour le reste, il n’y aucune motivation à chercher dans l’évolution de carrière quand vous êtes niveau D, C ou B. La motivation n’est pas salariale non plus. Quand j’ai quitté le secteur privé, j’ai fait une croix sur 200 euros nets par mois, sur une assurance hospitalisation payée par mon employeur, sur un libre-parcours STIB (à l’époque le remboursement n’était pas de 100% au Fédéral), sur une assurance-groupe, sur des chèques-repas.

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